« 15 septembre 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 269], transcr. Manon Da Costa, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2651, page consultée le 25 janvier 2026.
Paris, 15 septembre [18]73, lundi matin, 7 h.
Dors, mon grand adoré, et ne te réveille que le plus tard possible. Il sera toujours assez temps de reprendre ton collier de génie. Quant à moi qui n’ai rien de mieux à faire, je suis levée depuis longtemps déjà. J’attends maintenant que nos servantes descendent pour leur dire de remettre en ordre la salle à manger tout de suite. C’est une forme de remerciement de la bonne grâce de Mme Smoll1 à laquelle je suis sûre qu’elle sera sensible. Quelle belle, quelle bonne soirée hier, grâce à toi, si inépuisablement grand, si charmant et si hospitalier ! Il est vrai que tes hôtes méritaient toutes ces magnificences de ton génie et de ton cœur. C’est très beau ce portrait de Jeanne, quoiqu’un peu vieillie, mais le frontispice est splendide de tout point. Ce jeune espagnol2 a vraiment un grand talent et il paraît te comprendre à la façon dont il t’admirait pendant que tu lisais hier ce fulgurant et sublime poème « La Libération du Territoire »3 ! Je crois avoir compris qu’on en ferait des citations aujourd’hui dans Le Rappel et dans tous les journaux républicains et que la brochure ne sera mise en vente que demain. Me suis-je trompée ? Je suis impatiente de te lire et de te relire. En attendant je t’aime à corps, à cœur et à âme.
1 À élucider.
3 Hugo note dans son carnet : « Aujourd’hui dimanche, j’ai eu à dîner MM. Paul Meurice, Auguste Vacquerie, Robelin, Pelleport et Vierge, le dessinateur actuel de L’Année terrible. C’est un espagnol tout jeune. Il ma apporté le frontispice qui est très beau et Petite Jeanne qui est très ressemblante et charmante. » Œuvres Complètes, (dir.) Massin, Paris, Club français du livre, 1980, 36 tomes.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
